Fondé en 2019 le Swiss Center for Design and Health (SCDH) se consacre entièrement à la conception dans le secteur de la santé. Les maîtres mots: réseau, recherche et accompagnement.
Au Swiss Center for Design and Health (SCDH), les bruits de chantier n’ont rien d’inhabituel. En effet, deux ans et demi après avoir emménagé, les travaux se poursuivent. Se confronter aux enjeux liés aux processus de conception est inscrit dans l’ADN du pôle de compétences de Nidau. Ce bâtiment industriel baigné de lumière sert à évaluer des projets de construction ou de transformation, des études de communication visuelle ou même des processus et des systèmes, offrant jusqu’à 2500 mètres carrés dans sa configuration maximale et plaçant le secteur de la santé au cœur de ses priorités. Ce qui est conçu ici entend favoriser le bien-être. «Nous proposons aux responsables de projet un lieu d’échange neutre pour appréhender différentes perspectives et réaliser des expérimentations sur un périmètre étendu», déclare Stefan Sulzer, managing director, dans son bureau situé dans une galerie du hall d’entrée. La vaste baie vitrée lui permet de voir une grande partie des installations. «Ici, universitaires et personnes de terrain collaborent sur un pied d’égalité», dit-il. Et il ne parle pas seulement de la trentaine de personnes issues de disciplines et de métiers divers qui forment les effectifs. Stefan Sulzer pense aussi à toutes les personnes qui ont recours aux offres et aux services du centre de compétences.
Partenariat public-privé
Le SCDH connecte les acteurs des milieux économiques, scientifiques et publics, les accompagne et les conseille. Il opère des ateliers et des installations de test, coopère avec des hautes écoles, initie des travaux scientifiques et assure des formations. Il s’agit d’un lieu où se rencontrent designers, scientifiques et utilisatrices pour s’appuyer sur une pratique variée du design. «Travailler dans un hôpital ou dans une école donne de nombreuses informations sur les flux et les processus», explique Stefan Sulzer, en ajoutant qu’il est intéressant d’en tenir compte le plus tôt possible dans des simulations. «Cela évite d’avoir à corriger le tir une fois la construction terminée, ce qui coûte très cher.» De plus, tenir compte de besoins des usagers dans un projet en améliore la réception.
Le SCDH a vu le jour en 2019 dans le cadre d’un partenariat public-privé, sous la forme d’une société anonyme financée par la Confédération, le canton de Berne et des partenaires privés. Opérationnel depuis 2022, il est prévu qu’il soit autonome d’ici 2030. «Nidau est l’endroit idéal», déclare Stefan Sulzer, «pas seulement du point de vue des transports». L’emplacement à la limite entre la Suisse alémanique et la Romandie est selon lui enrichissant. «Cela incite à regarder au-delà des limites de sa propre région». Et au sein de l’équipe, on parle l’allemand et le français. La littérature scientifique établit clairement un lien entre design et santé. Le SCDH contribue à la mise en pratique de ces observations. «Nos travaux s’appuient sur des preuves et nous assurons un transfert de connaissances», observe Minou Afzali, qui dirige le service Recherche (voir ‹Méthodologie du design: le Graal›). Elle et son équipe intègrent à leurs projets des éléments de connaissance tirés d’études, évaluent les travaux en cours et en publient les résultats. Collaborant avec des universités, associations, fondations ou partenaires du secteur privé, le centre de compétences s’est doté d’un Scientific Board et d’un International Advisory Board. «Nous échangeons régulièrement, abordons les thèmes d’actualité et explorons les questions pertinentes», témoigne Minou Afzali.

1 Espaces de test proches de la réalité
2 Cuisine/restauration
3 Open space
4 Collection de matériaux
5 Espace de simulation en réalité étendue
6 Installations de test
7 L’atelier métal
8 L’atelier bois
Minou Afzali nous montre le Living Lab et les quatre espaces de test actuellement en place. Ces installations permettent de tester des schémas d’organisation spatiale, des innovations conçues par des start-ups ou encore différents matériaux voir ‹Espaces de test proches de la réalité›, page 7. Selon les projets, les matériaux doivent répondre à des contraintes différentes. Dans une salle d’opération, par exemple, les décharges électrostatiques sont proscrites. «Afin de protéger les personnes et les équipements, le sol doit permettre une évacuation contrôlée», explique Barbara Schwärzler, architecte d’intérieur et coloriste. Parmi les différents échantillons éparpillés sur son poste de travail, elle désigne un revêtement bleu-gris qui remplirait ce critère. Trouver un matériau adapté prend du temps, assure-t-elle. «Un bon réseau et une connaissance pointue du domaine sont utiles.» Avec la chercheuse en design Meri Zirkelbach, Barbara Schwärzler est chargée de développer la collection des matériaux du SCDH. L’objectif est de collaborer avec les fournisseurs et les utilisateurs pour répertorier les produits adaptés à un usage en structures de santé. Elles attachent une importance particulière à l’innovation. Une première collection de matériaux, amenée ensuite à évoluer, devrait voir le jour début 2025 à Nidau et sous forme numérique.
Tout en un même lieu
Le SCDH est également en mesure de fabriquer des prototypes. Les ateliers de Nidau sont équipés pour le travail du bois, du métal, du plastique, du textile et du carton. «Les circuits sont courts», expose Raphael Huber, co-directeur Ateliers et ébéniste de formation, soulignant que cela permet de réagir rapidement s’il faut adapter quelque chose lors de tests ou d’une simulation. Et de concrétiser sans difficulté et efficacement les idées d’innovations. La proximité qui existe entre les différents domaines est unique, souligne Raphael Huber en traversant les ateliers. «Elle est inspirante et fait naître des choses nouvelles.» Ainsi, pour un tableau d’orientation, on a collé de la tôle sur des panneaux de bois. Cette table est magnétique et permet donc de changer les plaques des éléments de signalétique. «Ici, plusieurs connaissances et savoir-faire de métiers artisanaux convergent», résume Raphael Huber. Pour le SCDH, les ateliers sont indispensables, confie Stefan Sulzer. «Ils nous permettent d’accompagner les processus de conception avec compétence et efficacité». Le centre ne concurrence pas les entreprises privées: le SCDH lui-même ne développe aucun produit commercialisable. «Les simulations devraient être plus répandues», conclut-il en insistant sur le fait qu’une approche participative basée sur l’interdisciplinarité mène toujours à de meilleurs résultats. Il estime qu’il faut intégrer cette démarche au processus de planification, tel un outil supplémentaire, a fortiori lorsque les projets sont complexes.
Stefan Sulzer est à la tête du SCDH. Son objectif déclaré est de faire du centre de compétences l’organisation de référence à l’interface entre le design et la santé.
Raphael Huber est membre de la direction élargie et co-directeur Ateliers. Ébéniste de formation, son expertise recouvre les domaines de la planification, de la production et du montage.
Barbara Schwärzler est co-directrice de la collection de matériaux du SCDH. Cette coloriste et architecte d’intérieur a réalisé de nombreuses études pour des bâtiments du domaine de la santé et est experte en matériaux et couleurs.